Extraits de revues où il est question de fraises et de fraisiers.
Rustica, 31 mars 1929.

Des fraises six mois de l'année
LES FRAISIERS REMONTANTS
Historique.
Il y a seulement trente-cinq ans, on ne connaissait que deux groupes de fraisiers : les fraisiers des quatre saisons qui produisaient de mai à octobre, mais dont les fruits étaient petits, et les fraisiers hybrides ou fraisiers anglais à gros fruits, mais qui ne donnaient qu'une récolte chaque année.
L’obtention des fraisiers remontants permit d’avoir des plantes ayant la particularité de fleurir constamment pendant toute la belle saison. Par un traitement approprié, leur principale production s’échelonna du 15 août à fin septembre, c'est-à-dire au moment même où la récolte des fraises anglaises est complètement épuisée.

Ce fut en 1894 que l'abbé Thivollet présenta à la Société d'horticulture de France le premier fraisier remontant à gros fruit auquel il donna le nom de
Saint-Joseph.
A la même époque, le Caennais Louis Gauthier fécondait artificiellement une variété à gros fruit avec une variété des quatre saisons. Il obtenait lui aussi une nouveauté remontante à laquelle il donnait son nom. Les stolons ou « filets » de ce fraisier se couvraient de fruits blanc rosé fin août-septembre. Cette obtention fut le point de départ d'une nouvelle race de fraisiers. Depuis cette époque, successivement furent mis dans le commerce :
En 1899,
Saint-Antoine de Padoue (abbé Thivollet) ; puis
Constante Féconde (M. Charollais) ;
Jeanne d'Arc (Edouard Lefort) ;
La Perle (M. Charollais). Parurent ensuite :
Gemma (abbé Touraine, 1906) ;
Saint-Fiacre (Vilmorin) ;
Merveille de France (Louis Gauthier, 1906) ;
Soleil d'Austerlitz (Louis Gauthier, 1910).
Plus près de nous, Vainqueur d'Arcole, Princesse Marie-Clotilde, Président Poincaré, Général de Castelnau (1920), Abon¬dance (1922), tous gains de Louis Gauthier.
Époque de plantation.
En septembre-octobre, vous vous êtes procuré (les plants de fraisiers remontants et les avez repiqués en un endroit bien abrité de votre potager, par exemple au pied d'un mur, au midi. Pendant l'hiver rigoureux, vous avez recouvert ces jeunes plants de paille ou de feuilles mortes.
La meilleure époque pour les mettre définitivement en place est fin mars-avril.
Emplacement.
Le but de la culture des fraisiers remontants, c’est de produire pendant la saison chaude et sèche. Il convient donc de leur réserver un emplacement frais, à mi-ombre ; sans quoi, il est évident que le soleil d'août les grillerait. Eviter par suite les côtières, la proximité des murs et les expositions trop brûlantes.
Sol et engrais.
Le terrain le moins favorable au fraisier est le calcaire. Il affectionne particulièrement les sols riches, profonds, bien ameublis. Tous les engrais lui sont bons, à condition qu'ils soient parfaitement décomposés. Ne le placez jamais en bordure, il manquerait de fraîcheur. Ne le plantez pas sur un terrain où vous venez de récolter une légumineuse (pois, haricots, fèves) qui a absorbé les engrais potassiques dont il est avide. Recherchez un carré riche de « vieille graisse », un coin sur lequel vous avez récolté des poireaux, des choux, de l'oignon, des salades, et où, en automne, vous avez enfoui du fumier de vache bien décomposé. En février, vous avez retourné la terre, pour la rendre très homogène. Maintenant, au début d'avril, faites un dernier bêchage et divisez votre terrain en planches pour la plantation des fraisiers remontants qui sont en pépinière d'attente.
Plantation.
Faites des planches assez étroites pour pouvoir cueillir les fraises sans avoir à marcher entre les plantes. Donnez-leur 1 m. suivant Louis Gauthier, ou 1 m. 20 suivant l'abbé Touraine. Dans le premier cas, vous ferez 2 rangs par planche ; dans le second, vous en ferez 3. Pour récolter facilement, ménagez des sentiers de 50 cm. entre les planches. Achetez des plants si vous n'en avez pas ou levez les plants dans votre pépinière avec un transplantoir, ne coupez pas les racines, et mettez en place à une distance de 25 à 30 cm. sur les lignes, suivant la vigueur des variétés. Faites des trous assez grands pour ne pas froisser les racines et arrosez au goulot.
Après la plantation.
Arrosez fréquemment si le temps le réclame. En mai, binez chaque planche de fraisiers remontants, vous détruirez les mauvaises herbes qui ont germé entre les pieds et aussi vous ameublirez la terre que les arrosages ont tassée au collet de chaque plante. Travaillez soit à la ratissoire ; soit à la main de fer.
En juin, les premières hampes florales commencent à se développer. Supprimez-les sans hésiter. Elles affaibliraient vos jeunes élèves. .D'ailleurs vos autres fraisiers sont en plein rapport (fraises anglaises, non remontantes.) A chacun sa saison.
Les filets se développent ensuite. Supprimez-les sans pitié.
Voici juillet, vos fraisiers remontants sont en pleine floraison. Il fait chaud ; arrosez-les matin et soir avec de l'eau tiédie au soleil. Si vous voulez obtenir de très gros fruits, faites une fois par semaine un arrosage à l'engrais liquide. Si vous avez des bestiaux, le purin est tout indiqué ; employez-le au 10e. Opérez le soir, à l'ombre, avec le goulot de l'arrosoir ; passez entre les pieds pour ne pas salir les feuilles. Le lendemain matin, avant le lever du soleil, arrosez de nouveau, mais avec la pomme et bassinez partout, même sur les feuilles, en employant de l'eau pure exposée à l'air depuis plusieurs jours dans un baquet.
Vous n'élevez pas de bestiaux ? Remplacez le purin soit par du nitrate de soude, du sulfate d'ammoniaque ou du chlorure de potassium ; ne dépassez pas 200 gr. par 10 litres et ne donnez jamais d'engrais à une plante fanée.
Paillage et tuteurage.
Vous vous souvenez que nous sommes en plein été : ne souffrez pas que vos fraisiers aient soif. Pour cela, procédez au paillage. Prenez du fumier de cheval à demi consommé ; secouez-le à la fourche pour enlever le crottin et garnissez-en toutes vos planches de fraisiers remontants. Si vous avez quelques loisirs, placez chaque inflorescence au centre d'un petit tuteur circulaire en fil de fer. Ce petit appareil, vendu par le commerce peut même être remplacé par une légère fourche prise dans la haie voisine. Ainsi soulevés de terre, vos fruits sont soustraits aux éclaboussures terreuses et à la bave des limaces ; vos fraises sont propres. Vous pourrez en servir à vos amis jusqu'aux premiers froids.
Des fraises de mai à fin octobre.
Si vous cultivez quelques variétés de fraisiers non remontants pour avoir des fruits dès le début de mai, en les associant avec les variétés remontantes cultivées comme il est dit ci-dessus, il vous est très facile de produire sans interruption des fraises pendant six mois de l'année, de mai en novembre.
Un très bon choix.
I - A gros fruits non remontants :
Très hâtive :
L’Aurore.
Hâtives :
Docteur Morère (la meilleures fraise connue).
Moyenne saison :
Madame Moutot (la plus grosse des fraises).
Pour confitures :
Vicomtesse Héricart de Thury (vulg. « Ricart » sur les marchés).
II – A gros fruits remontants :
Pouvant être transportés :
Saint-Antoine de Padoue,
Merveille de France.
Pour consommer sur place :
La Perle,
Gemma,
Pie X,
Merveille de Bon Secours.
EDOUARD LANGEVIN.
Rustica, 9 février 1936.
LA CULTURE PRATIQUE DU FRAISIER AU JARDIN
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Délicieux fruits de juin... Parfumées d'un arome subtil, les bonnes fraises, juteuses et sucrées,
se récoltent en abondance... dans une plantation bien tenue.

L’arrosage des bordures… de fraisiers.

La plantation en petites cuvettes.

La récolte des fraises en grande culture.

Fraisiers à gros fruits variété
« Tardive écarlate ». |
Un point d'histoire utile à connaître :
Les Fraisiers « à gros fruits », souvent appelés Fraisiers anglais, cultivés en bordure de nos potagers, ne sont pas, comme trop de jardiniers le pensent, des « fraisiers des bois plus ou moins améliorés ». Ils proviennent de deux races exotiques : Le Fraisier de Virginie, introduit en Angleterre en 1629, et le Fraisier du Chili, connu en France depuis 1715. Depuis trois siècles, ces deux espèces cultivées en Europe ont produit un grand nombre de variétés dont
aucune n'accepte de vivre comme le fraisier des bois : à l'ombre ou dans les endroits humides.
Culture en pleins carrés :
Les fraisiers exigent beaucoup de lumière, du soleil, un emplacement très aéré. La proximité du mur, même exposé au midi, leur est peu favorable.
C'est aux environs de Lyon, sur les coteaux faisant face à l'est, que se récoltent par dizaines de tonnes les belles fraises d'expédition, succulentes et « fermes en chair », qui approvisionnent le marché de Paris et vont même jusqu'à Londres aider, avec celles de Bretagne, à la renommée du bon fruit français.
Dans nos jardins - sachons-le - le fraisier, pour bien produire, a les mêmes exigences que dans la grande culture loin des arbres, loin des murs, peu d'eau.
Plantons dès maintenant.
Des fraisiéristes expérimentés recommandent la plantation automnale. Ils n’ont pas tort et ce procédé est déjà bon. D'autres spécialistes prétendent mieux réussir en plantant à la fin de l'hiver. Il est certain que, dans un jardin où nous pouvons arroser pour aider à la reprise, il est bien préférable de planter en février-mars. Les jeunes fraisiers ne risquent pas d'être soulevés, déchaussés par les gelées ou abîmés par une longue stagnation de neige fondue ou d'eaux de pluie. Ils entrent immédiatement en végétation active et forment chacun une belle touffe résistante qui n'a rien à redouter de l'hiver suivant.
Soins de plantation.
On cultive avec le même succès les fraisiers en bordure en les plantant sur une ligne à 0 m. 20 les uns des autres, ou en « planches » en les espaçant de 0 m. 30 à 0 m. 40.
Faisons d'abord bêcher le terrain en enterrant une bonne couche de terreau ou de fumier déjà fermenté (fumier noir).
Les jeunes plants soigneusement nettoyés (on supprime toutes les feuilles tachées et les racines sont raccourcies à 2 cm.) sont mis en place à la main. Ils doivent être enterrés très exactement jusqu'au collet (c'est la partie blanche au-dessus des racines), mais on évite de recouvrir le « cœur ».
Un arrosage assez abondant suit immédiatement et, si le temps est sec, on arrose à nouveau, une ou deux fois à quatre-cinq jours d'intervalle.
Dès la première semaine, les fraisiers se mettent à pousser visiblement lorsque la température est douce.
Au cours de l'été, il est inutile d'arroser, sauf en cas de longue sécheresse.
Les meilleures variétés :
La plus hâtive de toutes les fraises est la
Surprise des Halles ; la plus renommée pour l'exportation est la
Sulpice Barbe ; la meilleure pour marchés est la
Noble, la plus grosse est la
Moutot ; on recommande, pour résister à la sécheresse,
Alphonse XIII, etc. ; d'autres, comme
Empereur du Maroc à fruits noirs ou
Ananas à fruits blancs, sont des variétés d'amateurs.
Pour un jardin où nous recherchons une production prolongée de bons fruits, il nous faut au moins deux variétés, dont une très précoce commençant à fournir en juin, l'autre pour juillet. Choisissons, par exemple :
Grosse hâtive sucrée, d'un excellent rendement, à fruits en cœur, à chair rose, très douces, et
Tardive écarlate à gros fruits pesant en moyenne 40 à 50 grammes, de végétation vigoureuse et s'adaptant à des terrains de natures diverses.
Protégeons les fruits :
Pour éviter que nos fraises ne soient souillées par des éclaboussures au cours des pluies, il suffit de recouvrir le sol auprès de chaque plante avec un peu de paille propre ou même des bandes de papier fort maintenues par de petits piquets. La mousse, les fibres de bois que les pépiniéristes emploient pour emballer leurs rosiers conviennent aussi. Cela vaut beaucoup mieux que le fumier étalé par certains maraîchers autour de leurs fraisiers. Après la récolte, le paillis est enlevé.
Contre les limaces :
Les escargots, loches et limaces dévorent volontiers nos meilleures fraises. Il est facile de capturer ces indésirables mollusques. On place, le soir, quelques rondelles de carotte rouge entre les rangs de fraisiers comme appâts. En visitant la fraiseraie le lendemain, de bonne heure, le jardinier matinal aura la satisfaction de ramasser avec les morceaux de carotte une légion de ravageurs du jardin.
Nous terminerons ces quelques conseils par une bonne nouvelle. Les lecteurs de
Rustica qui désirent cultiver des fraisiers et n'ont pas sous la main les plants nécessaires trouveront, en page 31, une offre exceptionnelle de PLANTS DE FRAISIERS SÉLECTIONNÉS. C'est un colis-prime avantageux et utile.
Rustica, 1er octobre 1939.

Le plus humble jardin doit posséder son carré de fraisiers qui produit des fruits savoureux, les premiers que nous récoltons en plein air, dès le mois de mai. Il faut apprendre à bien cultiver, et surtout mieux connaître ces précieuses plantes, pour en retirer de copieuses récoltes printanières. |
Notes d'histoire et de botanique.
Le fraisier ne semble pas avoir été connu, tout au moins estimé, des anciens. Les auteurs latins qui ont écrit sur l'agriculture n'en font aucune mention.
C'est à Claude Mollet, premier jardinier du roi Henri IV, que nous devons le plus ancien mémoire relatif aux fraisiers, dans un chapitre de son « Théâtre des plans et jardinages ». Il classe ces végétaux parmi les « fleurs rouges et blanches pour servir d'ornement et embellir les parterres ». En 1683, un ouvrage, « Le Jardinier français », signale quatre variétés de fraises : les blanche, les grosses rouges, les caprons et les petites rouges sauvages. L'auteur s'est vraiment occupé de la question puisqu'il signale les résultats de ses expériences personnelles... « Pour récolter des fruits en automne, il faut retrancher au printemps toutes les hampes et annuler ainsi la floraison normale. » Ce système est d'ailleurs parfaitement applicable encore aujourd'hui et conduit toujours à une bonne production tardive.
La Quintinie, jardinier de Louis XIV, avait une singulière façon de traiter les fraisiers ; elle est décrite dans son livre célèbre « Instructions pour la conduite des jardins fruitiers », la voici : « On connaît les fraises blanches et les rouges qu'on arrache, à moins qu'on n'ait une amitié particulière pour elles !... Dans ce cas, on cultive au midi les précoces que 1’on mange en mai et au nord les autres, elles ont un goût musqué. Quant au « coucou », il est stérile et c'est le fléau des jardiniers. »v
Toutefois, en 1766 et 1768 parurent successivement deux ouvrages : « Histoire naturelle du fraisier » et « Traité des arbres fruitiers », qui firent connaître dix races de fraises : ananas et frutillier étaient les plus remarquables, elles venaient du Chili. Ce furent les premières espèces à gros fruits.
Les progrès réalisés dans la culture du fraisier jusqu'en 1833 furent insignifiants ; à cette date, la « Pomologie française » publia une liste de vingt-cinq variétés. Toutes celles donnant de gros fruits étaient de provenance américaine, elles ont été hybridées, sélectionnées, améliorées et répandues par un spécialiste de Châlons-sur-Marne, le docteur Nicaise, à qui nous devons, entre autres, « Marie-Louise », « Perfection », « Rubis », encore bien estimées actuellement.

La cueillette est fatigante,
mais quel régal au dessert ! |
Pour les botanistes, la seule espèce de fraisiers qui reconnaisse une patrie européenne est la « Quatre-Saisons », fille du fraisier commun des bois. On sait que ces plantes appartiennent à la famille des Rosacées, ce qui indique une parenté directe immédiate avec les amandiers, cerisiers, églantiers, sorbiers, néfliers, aubépine, pimprenelle, ronces, pêchers. Enfin, un savant doit se rappeler que la fraise n'est considérée comme un fruit que par les jardiniers et personnes étrangères aux études. En réalité, c'est le réceptacle des carpelles qui est charnu, succulent et devient bon à manger sous le nom de fraise. Les vrais fruits sont les carpelles que vous pouvez encore appeler « akènes » pour être bien en règle avec la science précise.
Les fraisiers à gros fruits.
Nos grosses bonnes fraises écarlates et parfumées sont donc des fruits relativement modernes et nous ne nous étonnerons plus si nous voyons les cultivateurs manquer encore d'habileté dans la conduite de leurs plantations. A la campagne surtout, on a trop la tentation de considérer les fraisiers comme des herbes sauvages, à peine améliorées par la culture et qui poussent, tant bien que mal, n'importe comment.
Plantes
horticoles, hybrides de races provenant nettement de pays chauds, les fraisiers à gros fruits exigent absolument une situation très, éclairée et ensoleillée, un terrain assez fertile, profond, perméable, ne contenant pas une proportion exagérée d'argile.
Les bordures de fraisiers, le long de plates-bandes ombragées par des murs en « plein nord », les plantations souffreteuses sous les grands arbres du verger ne peuvent pas donner un produit sérieux.
Si nous pouvons disposer d'une bonne place en plein carré du jardin, n'hésitons pas à en consacrer une partie importante aux fraisiers. Là, nous aurons des fruits précoces, sucrés, abondants. Nous serons encouragés par la récolte certaine et volontiers nous donnerons les soins voulus.
On a toutefois observé que le fraisier ne souffre pas trop de l'ombrage léger des pêchers et, sans inconvénient, on peut établir une plantation mixte en ligne intercalaire unique, entre deux rangs de pêchers espacés de 3 à 4 mètres, comme cela est d'usage dans les cultures de rapport.
Epoques de plantations, soins aux plantes.
Les jardiniers resteront éternellement divisés sur la question du choix de l'époque de plantation des fraisiers. Certains préconisent la mise en place printanière, les autres préfèrent opérer à l'automne.
Les fraisiers plantés en octobre-novembre donnent une première récolte dès le mois de juin suivant, c'est un argument de poids pour les partisans de la saison pré-hivernale.
La préparation du sol comporte un labour ou bêchage avec extirpation minutieuse de toutes racines d'herbes vivaces : liseron, chiendent, renoncule, oseille sauvage, chardon, etc., et enfouissement de terreau ou de fumier déjà décomposé ou encore de corneille pulvérisée, de guano de basse-cour, etc.
On trace des lignes distantes de 40 cm. environ et les plants sont disposés en quinconce, espacés de 30 cm. entre eux sur chaque rang.
Ces plants proviennent de la pépinière, c'est-à-dire des sujets porte-coulants sélectionnés avec le plus grand soin pour reproduire les caractères typiques de chaque variété. On préfère les jeunes sujets racinés, ayant deux à quatre feuilles, dits de « second jet », c'est-à-dire de deuxième génération, plus aptes à produire rapidement des fruits que les autres.
La mise en place s'opère comme suit :
1° Habillage des plants effectué au dernier moment et qui consiste à raccourcir toutes les racines d'un demi-centimètre environ. Ce travail favorise la formation du « chevelu », il ne doit pas être négligé.
2° Plantation selon la méthode classique. Après avoir fait un trou à l'endroit choisi pour chaque fraisier, on y place une plante en observant que les racines ne soient pas rebroussées et que le « cœur » ou bourgeon central se trouve bien exactement au niveau du sol. Avec la pointe du plantoir, on appuie d'un côté du trou de manière à serrer la terre auprès de la plante assez fortement pour la faire adhérer aux racines et on laisse l'empreinte du plantoir à côté de la plante, empreinte formant une espèce de cuvette qui retiendra l'eau des arrosements.
3° Arrosage de chaque plant, l'un après l'autre de manière à favoriser le tassement de la terre.
4° Rechaussage qui consiste à placer une poignée de terre fine et meuble auprès des plantes que l'arrosage aurait dégarnies ou déplacées. Pour ce rechaussage, il ne faut absolument pas employer le plantoir, ni aucun outil en « pétrissant » plus ou moins la terre humide. Nous insistons pour qu'il soit fait à la main sans toucher ni la plante ni la boue de surface.
De nouveaux arrosages seront distribués si le temps est sec au moins deux fois par semaine. On pourra cesser dès que les fraisiers, par la pousse de nouvelles feuilles vert clair, indiqueront la « reprise » effectuée.
Les fraisiers sont rustiques, aucun abri ne doit être installé contre les gelées. Il faut, au contraire, que le froid agissant sur les plantes en arrête la végétation pendant l'hiver.
Au printemps, c'est-à-dire pour les jardiniers vers la fin février, le « binage » de la plantation est indispensable. On gratte le sol avec une binette, une serfouette ou une petite pioche, pour détruire les petites herbes naissantes et surtout pour ameublir la surface.
La floraison qui ne manquera pas de se produire, déjà prometteuse sur des plantes ainsi traitées, va nous suggérer de protéger les fruits contre les éclaboussures de terre provoquées par la pluie. Cette protection se réalise d'une façon pratique, rapide, mais à coup sûr repoussante chez beaucoup de maraîchers ; on étale un paillis de fumier frais qui fertilise le sol tout en évitant les taches de terre. Le paillis est réputé inoffensif parce que lavé par les pluies !... Les hygiénistes répondent en conseillant au public de laver soigneusement toutes les fraises achetées sur les marchés et dans les magasins.
Pour notre consommation personnelle, soyons plus prudents et remplaçons le paillis par une légère couche de fibre de bois, de paille fraîche et propre, ou même par des bandes de papier, vieux journaux ou feuilles d'emballage, maintenues sur le sol par de tout petits piquets... Nous aurons en échange le plaisir de consommer saines, propres et savoureuses, comme le sont les fraises non lavées, des fruits exquis riches de tout leur parfum... ce parfum subtil et fugace que ne connaissent pas les citadins tributaires des Halles et des « revendeurs » pour leurs desserts !
Il serait ingrat, après avoir durant six semaines récolté, d'abandonner notre plantation. Nous lui devons, et c'est là le gage des récoltes futures, quelques interventions au cours de l'année. Surveillons la formation des stolons ou coulants que nous couperons à mesure de leur apparition à 4 ou 5 cm. de chaque plante, et maintenons le sol propre, exempt de toute végétation parasite, par des sarclages et ratissages répétés aussi souvent qu'il est utile.
Cultivons au jardin les fraisiers, des précoces et d'autres tardifs pour avoir le plus longtemps possible une récolte prolongée de bons fruits, gâteries que l'on consomme sans apprêts et que nous pouvons aussi mettre en réserve pour les mauvais jours...
Rustica, 4 octobre 1953.

Pour avoir des fraises en juin
Cultivez des fraisiers
QUAND doit-on planter les fraisiers ?
Pour qui n'aurait pas le temps ou la patience de suivre un raisonnement détaillé, répondons tout net : en
octobre ou
novembre.
Les plants nouvellement mis en terre doivent, pendant les premières semaines, se défendre contre l'évaporation qui pourrait les dessécher tant que leurs racines ne sont pas en état de puiser dans le sol l'humidité compensatrice.
La saison des nuits déjà longues, des rosées abondantes, d'un ensoleillement modéré, est infiniment favorable à cette opération toujours un peu laborieuse : la « reprise ».

Un compotier qui fera bien des envieux. Pour avoir le même l'été prochain, plantez des fraisiers. |
Vous aiderez aussi ces heureuses influences en supprimant les vieilles feuilles qui, au lieu d'effectuer des échanges avec l'atmosphère, ne feraient qu'épuiser vos plantes en offrant trop de surface au soleil avant de jaunir elles-mêmes. Vous arroserez, si possible, de temps en temps, prenant bien soin de ne pas laisser recouvrir le bourgeon avec l'eau de ruissellement. Combien de fraisiers meurent, tout simplement asphyxiés sous trois ou quatre centimètres de terre.
En quelques jours, généralement moins d'une semaine, on voit de jeunes feuilles se développer ; blanches au sortir de terre le matin, elles prennent en quelques heures la belle teinte verte caractéristique de leur fonctionnement normal.
Pendant ce temps, les racines qui doivent trouver dans le sol, non pas un fumier fraîchement enfoui, mais plutôt des parcelles d'humus provenant d'un terreau consommé, travaillent activement. C'est ainsi que vos plants prospèrent durant l'automne et seront prêts à fructifier au mois de juin.
Ne cherchez pas à les protéger contre le froid ; bien loin de leur être nuisibles, les gelées provoquent un mûrissement des tissus dans la souche même, qui les prédispose à la floraison printanière.
Nous avons parlé de terreau. Voilà un point important. Avant de bêcher, répandez largement sur le sol ce précieux compost noir. Vous pouvez le recueillir dans le coin du jardin où vous entassez tous les débris végétaux, sur le bord des fossés et des petits cours d'eau. Les fraisiers sont « avides » de terreau ; bien que tout à fait capable de vivre dans un maigre terrain argilo-siliceux, leur production est facilement triplée dans un milieu riche d'humus.
Il faut répondre à ceux de nos lecteurs qui ne peuvent planter qu'au printemps, parce que leur jardin va subir quelques bouleversements au moment de la répartition de nouveaux arbres pendant l'hiver, parce que des récoltes tardives encombrent l'emplacement, etc. : procurez-vous maintenant les fraisiers, placez-les provisoirement dans une plate-bande, si possible exposée à l'est et, dès que vous le pourrez, transplantez-les avec une motte de terre.
Enfin, nous avons lu comme vous, dans plusieurs ouvrages, que le mois de juillet, d'après certains spécialistes, convient pour la création d'une « fraisière». Que faut-il en penser ? Si vous êtes décidé à provoquer, dès avril, la prolifération de vos fraisiers en supprimant toutes les fleurs, vous aurez assez tôt, en été, des stolons racinés. Repiquez en sol frais, ombrez pendant les heures de soleil jusqu'à reprise complète. N'oubliez pas un seul jour l'arrosage. Vous pouvez réussir ainsi, tout le monde est d'accord ! Mais ce sera beaucoup plus difficile que pendant l'automne et le gain de « deux mois de végétation » n'est pas celui que vous pourriez espérer, car les fraisiers refusent de pousser tant que la température dépasse 28 à 30 degrés. Ils se maintiennent seulement.
Un mot au sujet des variétés les meilleures pour la culture familiale. Choisissez la plus précoce :
rubezhad, pour la grande récolte de juin. Dans l'intention d'avoir des fruits d'été, plantez aussi
suavis, remontante et rustique, dont vous sacrifierez la première fructification de printemps en coupant les fleurs d'avril et mai. Il faut aussi supprimer les filets (coulants, stolons ou rejets) des fraisiers destinés à la production. C'est le seul moyen d'obtenir de puissantes touffes qui donnent plusieurs grappes de très gros fruits.
Par contre, nous laisserons multiplier normalement les plants qui doivent fournir de nouveaux sujets l'an prochain. Pour favoriser l'enracinement des stolons, il est recommandé de répandre autour des touffes-mères une couche de mélange sable et terreau par moitié. On arrose fréquemment et chaque nouvelle plante est « sevrée », c'est-à-dire privée de sa petite tige nourricière, dès qu'elle possède deux feuilles.
Il a été constaté maintes fois que les plantations vieilles de quatre ans et antérieures produisent de moins en moins, le maximum étant obtenu les deuxième et troisième années. Le jardinier adroit organise chaque automne le remplacement du tiers de ses fraisiers. Utilisant au mieux les espaces disponibles, bordures simples et doubles ou plates-bandes, il surveille l'assolement de manière à ne répéter cette culture au même endroit qu'après cinq années au moins. Cette pratique, combinée avec l'échange de plants provenant d’autres jardins et, si possible, d'autres régions, est un excellent facteur de succès.
Nous avons déjà indiqué une simple formule d'engrais soluble pour stimuler les fraisiers languissants, épuisés ou plantés dans un sol vraiment trop pauvre. La voici à nouveau : nitrate de potasse (sel de nitre ou salpêtre commun) ; 20 grammes ; eau : 10 litres.
Ne jamais dépasser ce dosage. Arroser d'abord avec de l'eau ordinaire, appliquer l'engrais quelques heures plus tard, environ 1/4 de litre par plante. A renouveler tous les mois, au printemps et à l'automne.

Précoces, énormes et savoureuses à souhait, que demander de mieux.
(Photos Sélection.) |
Les fraises perdent une grande partie de leur parfum lorsqu'on est obligé de les laver (ce qui est le cas pour celles provenant du marché). Pour récolter bien nets, propres, appétissants, les savoureux fruits rouges, le meilleur procédé consiste à étendre sur le sol, au-dessous des fleurs, de la paille, de la frisure de bois ou encore des papiers de journaux et autres sur plusieurs épaisseurs. On obtient ainsi une protection suffisante contre les projections de boue lors des pluies. Mais, surtout, qu'on abandonne la déplorable manie du paillis de fumier frais, encore pratiqué par de nombreux maraîchers !
Nous traiterons brièvement la question de « culture forcée » permettant d'obtenir des fruits avec une avance de plusieurs semaines.
Préparez dans un coffre cette plantation spéciale, avec de beaux sujets espacés de 20 centimètres environ. Attendez au moins le 15 janvier pour placer des châssis mais, dès ce moment, couvrez chaque soir, aérez aussi souvent que possible et ne laissez plus surprendre les feuilles nouvelles et encore moins les fleurs par le gel.
La culture « hâtée » se pratique également en pots. C'est une amusante distraction d'amateur qui aboutit à servir sur table, au cours d'un repas de famille, la touffe chargée de fraises que chaque convive cueille lui-même. Il suffit de planter à l'automne, dans des vases à fleurs de dimensions moyennes 20 à 25 centimètres. On enterre ces pots au jardin pour les retirer seulement après une période de grands froids et les placer dans un local clair. La température ne doit jamais dépasser 25 degrés le jour (c'est même trop, au début surtout) et peut s'abaisser sans inconvénient jusqu'à + 5 à + 8 degrés pendant la nuit.
Comme vous le voyez, pour avoir des fraises au printemps prochain, il faut, dès maintenant, prendre les premières dispositions en vue d'une plantation prochaine.

Rustica, 23 octobre 1955.

L’art de bien traiter les fraisiers
PLANTES vivaces à fruits exquis, les fraisiers vous offrent à brève échéance (huit mois) un double plaisir pour les yeux et le palais, un profit certain pour l'économie du ménage et même un revenu appréciable si vous vendez votre superflu. Ils ne demandent qu'un peu d'attention et de travail pour les semaines à venir.
Plantation en bordure double. - La présente époque est tout spécialement favorable aux plantations et nous devons signaler l'intérêt d'une disposition adoptée avec succès par de nombreux jardiniers. C'est la bordure double. Il s'agit de placer les fraisiers en quinconce sur deux rangs jumelés, espacés de 15 centimètres.

Pour donner des fruits propres, donc sains, les fraisiers doivent être « paillés » avec de la belle paille bien propre et non avec du fumier. |
On obtient ainsi, dès la première année, une solide plate-bande fruitière qui donnera de copieuses récoltes. Les plants sont répartis à raison de huit par mètre, sur chaque ligne.
Un bon procédé consiste à tracer les sillons assez profonds, 20 centimètres environ, et de les remplir à moitié avec du terreau de compost. Les fraisiers se trouvent ainsi dans un milieu qui leur plaît, ils sont avides de matière organique.
Cela ne doit pas être opposé aux affirmations habituelles sur leur grande rusticité. Nous savons que le fraisier qui se rencontre jusqu'à 800 m. d'altitude, dans les éboulis exposés à l'est, vit au besoin dans les terrains les plus pauvres. Mais il est certain que cette plante, comme beaucoup d'autres, se montre plus vigoureuse et surtout infiniment plus productive lorsqu'elle trouve sur place tout ce qui lui convient.
Il est parfaitement admis qu'on peut l'employer non seulement au potager, mais aussi au jardin d'agrément.
Dans les parterres du type courant, garnis de plantes vivaces, rosiers, arbustes variés, une allée bordée de fraisiers est aussi agréable à parcourir qu'une autre, bordée de buis.
Exception est faite pour les décors de grand style, où les pelouses, dessinées avec des angles vifs et les arbres taillés en boules appellent, autour des massifs, des petites haies rectilignes.
Le choix des espèces. - Il est d'usage de planter, moitié en variétés précoces à gros fruits, les primeurs étant toujours appréciées, et moitié en variétés dite « remontantes », c'est-à-dire fructifiant plusieurs fois au cours de l'été. Pour ces dernières la suppression des premières fleurs est la meilleure manière de s'assurer les abondantes récoltes tardives.
Faites des échanges. - Les plantes proviennent le plus souvent de la petite pépinière que chacun organise en repiquant des stolons prélevés dans un carré de culture.
Nous devons toutefois recommander vivement les échanges entre amis ou voisins. Les fraisiers qui changent de terrain ou, mieux encore, de climat, comme cela se produit quand on fait venir d'une autre région de nouveaux plants, sont plus robustes durant plusieurs années.
N'hésitez pas à troquer, avec un autre jardinier, quelques sujets. Ce sera pour chacun une heureuse affaire.
Soins de printemps. - Pendant tout l'hiver, notre plantation ne donnera guère de soucis, mais au début de mars il faut y revenir. Le regarnissage de terre sur les racines qui auraient été soulevées et mises à nu par le gel, le désherbage, sont les premières opérations à effectuer. En cas de persistance d'un mauvais vent desséchant (le redoutable « hâle »), il peut aussi être utile d'arroser une fois ou deux. Notons cependant que, plus tard, les fraisiers n'auront que très exceptionnellement besoin d'eau. Ils supportent assez bien la sécheresse.
Quand pailler ? - Dès l'éclosion des premières fleurs blanches de si agréable aspect, on pense au paillis, cette légère couche de paille ou de copeaux destinée à éviter aux fruits le contact du sol et les éclaboussures. Savez-vous qu'il serait dangereux d'étendre ce paillis trop tôt, par exemple avant le 15 mai ?
Voici pourquoi les gelées blanches matinales qui peuvent détruire des fleurs précoces se forment plus facilement sur le paillis que sur le sol, brins de paille et copeaux se couvrent de givre tout près des corolles. Les dégâts ne sont pas très graves car de nouveaux bouquets remplacent assez vite ceux qui ont souffert.
Pour récolter tôt. - Sans entreprendre la « culture forcée » dont le but est de procurer des fruits mûrs en avril, vous seriez sans doute satisfaits de récolter avec une avance de 15 jours. C'est-à-dire en seconde quinzaine de mai.

La récolte, abondante et savoureuse, récompense du travail et des soins. (Photos Sélection.) |
Nous vous proposons un moyen simple. Disposez, au potager, une ligne de fraisiers en direction est-ouest. Vers la mi-avril, installez une planche debout sur champ, haute de 40 ou 50 centimètres, et maintenue par quatre piquets, un peu en arrière de vos fraisiers, côté nord. Les plants se trouvent ainsi protégés des courants froids, comme sur un ados. Si la planche est peinte au brou de noix foncé (je ne propose pas le noir qui serait pourtant préférable !) et légèrement inclinée vers le sud, le résultat est encore meilleur.
Conservez ou supprimez les « filets ». - Au début de l'été, les premiers stolons naissent et vont se fixer à peu de distance de chaque touffe. Il convient de décider. Si vous désirez avoir de nouveaux plants, dirigez vous-même ces coulants sur le côté que vous ameublirez par un léger binage. Maintenez-les en place par une poignée de terre sur le filet, très près de la rosette... Mais n'oubliez pas que cette prolifération arrête immédiatement la production.
Si vous ne prévoyez pas l'utilisation de plançons, coupez, une fois par mois, tous les filets. Vos fraisiers « remontants » continueront alors à vous donner des fruits et les autres se prépareront mieux, en accumulant des réserves, à fournir la grosse récolte du printemps.
Les fraises sont toujours d'un prix élevé en raison des immenses débouchés offerts aux premiers fruits frais après une longue période d'attente.
Pour que tous puissent les savourer sans restriction à la maison, plantez dès maintenant et soignez ensuite attentivement quelques douzaines de fraisiers bien choisis. N. DUSSAUD.