| Retour page précédente |

Mémoires de l’Académie Nationale de Metz, 1852, pages 70-71.

- - - -

NOTICE NÉCROLOGIQUE
sur
M. LE COLONEL BOUCHOTTE,

 
PAR M. JACQUOT.


Messieurs,
 
L'Académie nationale de Metz, cruellement éprouvée par la mort de M. Rodolphe, a fait, quelque temps après, une perte non moins regrettable dans la personne de M. Charles Bouchotte, l'un de ses membres titulaires les plus anciens et les plus zélés.
Jean-Baptiste-Charles Bouchotte, né à Metz le 4 novembre 1770, se destina bien jeune encore à la carrière militaire dans laquelle il entra, en 1792, comme élève sous-lieutenant à l'école militaire de Châlons-sur-Marne. Après avoir occupé avec distinction divers emplois, soit à l'armée, soit dans les établissements militaires qui dépendent de l'artillerie, après avoir fait une partie des mémorables campagnes qui signalèrent la fin du siècle dernier et le commencement de celui-ci, il obtint sa retraite en1815. M. Bouchotte, qui était parvenu au grade de lieutenant-colonel, vint alors s'établir, auprès de sa famille, dans sa ville natale qu'il n’a plus quittée.
Abandonnant la carrière militaire à un âge où le corps et l’esprit out conservé toute leur vigueur, le colonel Bouchotte tourna son activité vers l'agriculture, sujet bien digne d’occuper un esprit sérieux comme le sien, et vers lequel l’entraînaient du reste des connaissances étendues en histoire naturelle. Quelques essais tentés en vue d’acclimater diverses espèces d’arbres le recommandèrent aux suffrages des membres de l’Académie, qui l’admirent parmi eux en 1825. Depuis cette époque, il n'a cessé de prendre part aux travaux de la compagnie. En 1823, il fait connaître les résultats qu'il a obtenus en greffant le châtaignier nain d’Amérique sur le châtaignier commun, et il réussit à propager cette espèce en France. M. Bouchotte était dirigé dans ces tentatives par un but éminemment utile : il cherchait à procurer à son pays une nouvelle ressource alimentaire, et c'est ce qui le portait à essayer, quelque temps après, de débarrasser la fécule du marron d'Inde de son principe amer et de la rendre propre à la nutrition de l'homme, problème qu'il a, le premier, résolu. Plus tard, rendant compte de l'ouvrage de M. le comte Houdart sur la vigne et la vinification, il traite avec étendue ces questions si intéressantes pour le pays messin. Mais il ne suffisait pas à M. Bouchotte d'apporter à l'Académie le tribut de ses lumières ; il la dotait encore libéralement, dès 1829, en lui abandonnant son traitement de chevalier dans l'ordre de la Légion d'Honneur. Dans la pensée de l'honorable collègue que nous avons perdu, cette donation était destinée à faire les premiers fonds d'un capital qui, permettant de supprimer les cotisations, rendrait l'accès de l'Académie plus facile au talent que n'entourent point les avantages de la fortune, touchante attention qui rendra sa mémoire impérissable au sein de la compagnie !
Entouré de l’estime de ses concitoyens t désigné à leurs suffrages par ses connaissances solides, M. Bouchotte a représenté avec distinction la ville de Metz à la chambre des députés et au conseil général ; il a pris part aussi, pendant longtemps, aux travaux du conseil municipal.

Jean-Baptiste Charles Bouchotte est décédé à Metz le 23 janvier 1852.

| Retour page précédente |